Sociétés d'exercice libéral d'expertise comptable : cartographie régionale et décennale
En bref
13 441 sociétés d'exercice libéral d'expertise comptable sont recensées dans le dataset, dont 6 546 créées au cours de la seule décennie 2020 — soit 48,7 % du stock total en moins de cinq ans. Le fait le plus saillant contredit une idée reçue tenace : malgré la flexibilité fiscale souvent attribuée à la SELARL, cette forme ne représente que 1,26 % des SEL actives (169 entités sur 13 441). La SELAS s'est imposée comme standard quasi-exclusif de la profession, y compris dans les régions et les décennies où les deux formes coexistaient. L'analyse géographique reste contrainte : 73,62 % des entités n'ont pas de région renseignée dans la base source.
Une domination SELAS sans partage
98,74 %. C'est la part de la SELAS dans le stock total de SEL d'expertise comptable, soit 13 272 entités sur 13 441. La SELARL, avec 169 unités, occupe le reliquat. Les formes SELAFA, SELCA et SELEURL sont absentes de l'ensemble des 116 enregistrements du dataset : aucune observation ne peut leur être attribuée.
Cette concentration sur un seul type juridique est structurelle, pas conjoncturelle. Elle traverse toutes les décennies et toutes les régions renseignées. En Île-de-France, première région du dataset avec 840 SEL localisées, la SELARL ne compte que 13 entités — soit environ 1,5 % du contingent francilien. Ces 13 SELARL se répartissent sur trois décennies : 4 créées dans les années 2000, 4 dans les années 2010, 5 dans les années 2020. La progression est marginale en valeur absolue, et la part relative reste stable.
En Auvergne-Rhône-Alpes, le constat est identique. Sur l'ensemble de la période, seules 5 SELARL y sont recensées (3 dans les années 2000, 1 dans les années 2010, 1 dans les années 2020), quand les SELAS passent de 12 créations dans les années 1990 à 42 dans les années 2000, puis 130 dans les années 2010 et 134 dans les années 2020. L'écart n'est pas un artefact statistique : il reflète un choix de place délibéré et massif de la profession vers la SELAS.
Pourquoi une telle convergence ? La SELAS offre une grande liberté statutaire dans l'organisation de la gouvernance et de la répartition des bénéfices, ce qui la rend adaptable aux structures multi-associés. La SELARL, soumise au régime des sociétés de personnes pour la gérance majoritaire, implique des cotisations TNS calculées sur la rémunération et les dividendes au-delà de 10 % du capital — un paramètre que les cabinets en croissance arbitrent souvent en faveur de la SELAS. Ces éléments de contexte sont cohérents avec les données, sans que le dataset permette d'en établir la causalité directe.
Accélération décennale : une croissance quasi-exponentielle
493 SEL créées dans les années 1990. 1 743 dans les années 2000, soit une multiplication par 3,5. 4 485 dans les années 2010 (+157 % par rapport à la décennie précédente). Et 6 546 dans les années 2020, décennie encore incomplète à la date d'extraction (avril 2026), soit déjà +46 % par rapport aux années 2010 sur une période plus courte.
Les deux dernières décennies concentrent 82,07 % du stock actif (11 031 entités sur 13 441). Cette dynamique s'explique en partie par la montée en puissance de l'exercice en société au sein des professions libérales réglementées, accélérée par les réformes successives du cadre des SEL depuis la loi du 31 décembre 1990. La démographie des cabinets comptables suit une trajectoire similaire à celle d'autres professions libérales ayant adopté massivement la forme sociétaire.
La décennie 2020 mérite une lecture prudente : avec 6 546 créations enregistrées entre le 1er janvier 2020 et le 30 avril 2026 (soit environ 6,3 années), le rythme annuel moyen approche 1 039 créations par an, contre 448 par an dans les années 2010. Si ce rythme se maintient jusqu'en 2030, la décennie 2020 pourrait totaliser plus de 10 000 créations — un scénario que les données actuelles ne permettent pas de confirmer, mais que la tendance rend plausible.
À noter : 27 SEL sont rattachées à la décennie « 1900s » dans la base, représentant 0,2 % du total. Il s'agit vraisemblablement d'erreurs de saisie de date dans le registre source, les SEL d'expertise comptable n'existant pas avant la loi de 1990. Ces 27 entités ont été conservées dans le décompte global mais exclues de l'analyse décennale comparative.
Géographie partielle : ce que révèlent les 3 546 entités localisées
73,62 % des 13 441 SEL — soit 9 895 entités — n'ont pas de région renseignée dans la base. L'analyse géographique repose donc sur un sous-échantillon de 3 546 entités, dont la représentativité régionale ne peut être garantie. Cette limite est documentée en section Méthodologie.
Parmi les régions identifiées, l'Île-de-France domine avec 840 SEL (6,25 % du total général, 23,7 % des entités localisées). L'Occitanie arrive en deuxième position avec 541 SEL (4,02 % du total), suivie de PACA avec 441 SEL (3,28 %). Ces trois régions concentrent à elles seules 51,5 % des entités géolocalisées.
À l'opposé du spectre, la Corse (43 SEL) et la Martinique (45 SEL) sont les territoires les moins représentés parmi les régions renseignées. La Martinique ne dispose d'aucune donnée avant les années 1980 dans l'extrait disponible, avec une seule SELAS recensée sur cette période. Ces chiffres reflètent probablement à la fois la taille démographique de ces territoires et le taux de non-renseignement de la région dans la base source.
La valeur maximale observée dans une cellule région × décennie × type atteint 4 744, contre une médiane de 7 sur l'ensemble des combinaisons. Cette asymétrie extrême — un rapport de 1 à 678 entre médiane et maximum — signale que quelques combinaisons (vraisemblablement les grandes régions sur les décennies récentes) concentrent l'essentiel des créations, tandis que la majorité des cellules reste peu peuplée. Pour les études sectorielles sur la création d'entreprise, ce type de distribution en loi de puissance est courant dans les professions réglementées à fort ancrage urbain.
Focus régional : Bretagne, Auvergne-Rhône-Alpes, territoires ultramarins
Trois profils régionaux illustrent la diversité des dynamiques observées dans le sous-échantillon localisé.
Bretagne. La région compte 52 SELAS créées dans les années 2010 et 71 dans les années 2020, soit une progression de +36,5 % entre les deux décennies. Aucune SELARL n'est recensée avant les années 2020, où une seule unité apparaît. Le marché breton suit la tendance nationale d'accélération récente, avec une exclusivité SELAS quasi-totale.
Auvergne-Rhône-Alpes. La trajectoire est plus longue et plus documentée : 12 SELAS dans les années 1990, 42 dans les années 2000, 130 dans les années 2010, 134 dans les années 2020. La croissance ralentit en valeur relative entre les deux dernières décennies (+3 % seulement), ce qui pourrait indiquer une forme de maturité du marché local — ou simplement l'effet de la décennie 2020 encore incomplète. Les 5 SELARL recensées sur toute la période (3 en 2000s, 1 en 2010s, 1 en 2020s) confirment la marginalité de cette forme dans une région pourtant économiquement dense.
Territoires ultramarins. La Martinique (45 SEL) et la Corse (43 SEL) présentent des stocks faibles, cohérents avec leur poids démographique et économique. L'absence de données antérieures aux années 1980 pour la Martinique dans l'extrait disponible limite toute comparaison décennale fiable. Ces territoires mériteraient une extraction dédiée pour affiner l'analyse, notamment au regard des spécificités fiscales locales qui peuvent influencer le choix de la forme juridique.
Pour approfondir les questions de structure juridique et de coût d'accompagnement, les honoraires d'un expert-comptable pour une SASU constituent un point de comparaison utile pour les dirigeants en phase de création.
Méthodologie
Le dataset source a été extrait de la base SIRENE (INSEE) le 30 avril 2026, via une requête filtrée sur le code APE 6920Z (activités comptables) et les formes juridiques correspondant aux sociétés d'exercice libéral (codes 5710 à 5785 selon la nomenclature INSEE des catégories juridiques). La couverture temporelle s'étend du 1er janvier 1990 au 30 avril 2026, avec conservation des entrées antérieures à 1990 pour analyse des anomalies.
Le dataset final comprend 116 enregistrements agrégés (combinaisons région × décennie × type de SEL), représentant 13 441 entités individuelles. La variable "région" est manquante pour 9 895 entités (73,62 %), ce qui constitue la principale limite de l'analyse géographique. Cette lacune est inhérente à la qualité de renseignement du registre source et non à un biais d'échantillonnage volontaire.
Les décennies sont définies par tranches calendaires strictes (1990-1999, 2000-2009, 2010-2019, 2020-2030). Les 27 entités rattachées à la décennie « 1900s » ont été identifiées comme anomalies de saisie et exclues des comparaisons décennales, mais conservées dans le total général (13 441).
Les formes SELAFA, SELCA et SELEURL n'apparaissent dans aucun enregistrement du dataset. Leur absence peut résulter d'un faible recours effectif à ces formes dans la profession comptable, ou d'une sous-déclaration dans la base SIRENE — les deux hypothèses ne sont pas mutuellement exclusives.
La méthodologie complète, incluant les paramètres de requête et les règles de nettoyage, est disponible sur la page /methodologie. Cette publication s'inscrit dans le cadre de l'observatoire Comptapolis de la démographie des cabinets.
Comment citer cette publication
Coelho P. (2026). SEL d'expertise comptable : cartographie régionale et décennale. Comptapolis — Observatoire de la démographie des cabinets. Identifiant :
comptapolis.fr/datasets/sel-expertise-comptable-cartographie-regionale. Extraction SIRENE : 30 avril 2026.