Créations d'entreprises en France : 10 ans d'évolution décennale
En bref
9 780 930 entreprises créées en dix ans : la France a produit, entre 2015 et 2025, un volume entrepreneurial inédit. Le volume annuel a plus que doublé, passant de 564 745 à 1 165 795 créations. Ce qui frappe davantage encore : en 2020, année de confinements et de crise sanitaire, les créations ont progressé de +4,1 % pour atteindre 900 169 — valeur qui correspond exactement à la médiane décennale de la série, comme si la crise n'avait pas interrompu la dynamique entrepreneuriale. Cette résilience structurelle interroge autant qu'elle surprend.
Une décennie de croissance quasi ininterrompue
La série 2015-2025 ne ressemble à aucune autre dans les statistiques de création d'entreprises françaises. Sur dix exercices, neuf affichent une croissance positive. L'unique exception est 2023, avec un recul de −1,0 % (1 051 476 créations contre 1 061 969 en 2022), soit 10 493 unités de moins — un écart infime au regard de la tendance de fond.
Le rythme de progression n'est pas uniforme. Deux séquences se distinguent nettement. La première, entre 2018 et 2019, concentre deux accélérations consécutives remarquables : +14,0 % puis +15,4 %. Ces deux années coïncident avec la montée en puissance des plateformes numériques de mise en relation et avec l'entrée en vigueur, au 1er janvier 2018, du doublement des plafonds de chiffre d'affaires du régime micro-entrepreneur par la loi de finances pour 2018 (170 000 € pour la vente, 70 000 € pour les services).
La seconde accélération majeure survient en 2021 : +16,7 %, portant le total à 1 050 520 créations. C'est la première fois, dans la série, que la barre du million est franchie. L'effet de rattrapage post-confinement joue un rôle, mais il n'explique pas tout : la dynamique était déjà enclenchée avant la crise.
Le pic absolu de la décennie est atteint en 2025 avec 1 165 795 créations, soit 54 557 de plus que le précédent record de 2024 (1 111 238). Entre le plancher de 2015 et ce sommet, l'écart est de 601 050 unités — un différentiel de 106 %.
L'explosion du régime micro-entrepreneur : moteur principal de la hausse
La croissance globale masque une réalité structurelle : 80 % de la hausse totale du volume de créations sur la décennie est portée par une seule catégorie, les micro-entrepreneurs. En valeur absolue, ils passent de 276 417 immatriculations en 2015 à 758 542 en 2025, soit +482 125 créations supplémentaires dans cette seule catégorie.
Leur part dans le total des créations progresse continûment : 48,9 % en 2015, 60,9 % dès 2020 — franchissant le seuil symbolique de 60 % sans jamais le repasser en dessous —, et 65,1 % en 2025. Autrement dit, deux créations d'entreprises sur trois en France sont aujourd'hui des immatriculations au régime micro-entrepreneur.
Ce basculement de la structure des créations n'est pas neutre. Le régime micro-entrepreneur, accessible sans capital minimum ni formalité comptable lourde, a été conçu pour réduire les frictions à l'entrée. Il a rempli cet objectif. Mais il crée aussi un biais statistique : comparer le volume de créations 2025 à celui de 2015 revient à comparer deux réalités économiques partiellement différentes. Un micro-entrepreneur qui teste une activité complémentaire n'a pas le même poids économique qu'une SARL créée avec un capital et des salariés.
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Les sociétés et entreprises individuelles classiques : des trajectoires divergentes
Derrière l'explosion des micro-entrepreneurs, deux autres catégories évoluent selon des logiques propres.
Les sociétés (SAS, SARL et assimilées) affichent une progression solide sur la décennie : 179 237 créations en 2015, 301 337 en 2025, soit +68 % en dix ans. Leur trajectoire n'est pas linéaire. Un creux intermédiaire apparaît en 2023 à 269 905 unités, avant un rebond de +5,4 % en 2024 (284 564 créations), puis une nouvelle accélération en 2025. Ce creux de 2023 coïncide avec la seule année de recul global de la série, ce qui suggère que la hausse des taux d'intérêt et le durcissement des conditions de financement ont davantage pesé sur les porteurs de projets en société que sur les micro-entrepreneurs.
La trajectoire des entreprises individuelles hors micro-entrepreneurs est inverse. Après un pic à 143 913 en 2018, elles s'effritent progressivement jusqu'à 105 916 en 2025, soit un recul de 26,4 % en sept ans. Sur la même période, les créations de micro-entrepreneurs ont presque doublé, ce qui suggère un report des créateurs individuels vers le régime micro.
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2020 : l'anomalie qui confirme la règle
L'observation la plus contre-intuitive de la série mérite qu'on s'y attarde. En 2020, la France subit deux confinements nationaux, une chute historique du PIB et une paralysie partielle de l'activité économique pendant plusieurs mois. Dans ce contexte, le nombre de créations d'entreprises aurait dû reculer. Il n'en a rien été.
Avec 900 169 créations, 2020 affiche une progression de +4,1 % par rapport à 2019. Et ce chiffre de 900 169 est exactement la médiane décennale de la série 2015-2025 : cinq années au-dessus, cinq en dessous. Ce n'est pas un hasard statistique — c'est le signe que la dynamique de création d'entreprises en France obéit à des ressorts qui transcendent les cycles conjoncturels courts.
Plusieurs facteurs structurels peuvent expliquer cette résilience. La crise a accéléré les reconversions professionnelles et les départs en indépendance, notamment dans les secteurs du numérique, de la livraison et du conseil. Le régime micro-entrepreneur, avec sa faible barrière à l'entrée, a capté une partie des actifs en recherche de revenus complémentaires ou alternatifs. Les aides publiques au maintien de l'emploi (chômage partiel) ont paradoxalement libéré du temps pour des projets entrepreneuriaux.
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Ce que la décennie dit de la structure entrepreneuriale française
Neuf millions sept cent quatre-vingt mille neuf cent trente créations en dix ans : le chiffre est impressionnant. Mais la structure de ce volume a profondément changé. En 2015, les micro-entrepreneurs représentaient moins d'une création sur deux (48,9 %). En 2025, ils en représentent deux sur trois (65,1 %). Les sociétés, malgré leur progression absolue de +68 %, voient leur poids relatif diminuer mécaniquement.
Cette évolution structurelle a des implications concrètes pour la lecture des statistiques. Un volume record de créations ne signifie pas nécessairement une accélération équivalente de l'investissement productif ou de la création d'emplois salariés. Les micro-entrepreneurs sont soumis à des plafonds de chiffre d'affaires et nombre d'entre eux exercent en activité d'appoint.
La question qui se pose pour la prochaine décennie est celle du taux de pérennité. Si la facilité d'entrée dans le régime micro-entrepreneur a dopé les créations, elle a aussi abaissé le coût de sortie. Les séries de créations ne disent rien de la survie des entreprises : c'est l'objet des enquêtes de suivi de cohortes de l'INSEE. Sur le seul périmètre des cabinets comptables, notre étude 2026 donne l'ancienneté du parc.
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Méthodologie
Les chiffres proviennent de la Banque de données macro-économiques (BDM) de l'INSEE, interrogée via son API SDMX publique. Quatre séries mensuelles brutes, France entière, sont utilisées : créations d'entreprises – ensemble (IDBANK 010755537), sociétés (010755670), entrepreneurs individuels hors micro-entrepreneurs (011811817) et micro-entrepreneurs (010755410). Les trois composantes s'additionnent exactement au total.
Agrégation : les douze valeurs mensuelles de chaque année sont additionnées pour obtenir le total annuel. Seules les années complètes (2015 à 2025) sont retenues. La part des micro-entrepreneurs et l'évolution annuelle sont calculées par Comptapolis à partir de ces totaux.
Date d'extraction : octobre 2026. Les dernières valeurs mensuelles peuvent être révisées par l'INSEE.
Définitions : une création d'entreprise au sens de l'INSEE correspond à la mise en œuvre de nouveaux moyens de production ; elle inclut les créations pures et certaines reprises ou réactivations lorsqu'il n'y a pas continuité de l'entreprise. Les micro-entrepreneurs sont les créateurs ayant opté pour le régime micro-social au moment de l'immatriculation. Les données sont brutes, sans correction des variations saisonnières, et les cessations ne sont pas déduites.
Pour une description complète de la chaîne de traitement et des scripts de calcul, voir notre page Méthodologie.
Le fichier CSV téléchargeable contient 11 lignes de données annuelles (une par année de 2015 à 2025), avec les colonnes : année, total créations, sociétés, EI hors micro, micro-entrepreneurs, part micro (%), évolution annuelle (%).
Comment citer cette publication
Lévêque P. (2026). Créations d'entreprises en France : 10 ans d'évolution décennale (2015-2025). Comptapolis.fr — Observatoire des données comptables et entrepreneuriales. Identifiant dataset :
comptapolis.fr/datasets/creations-entreprises-france-evolution-decennale. Données source : INSEE, Banque de données macro-économiques (séries 010755537, 010755670, 011811817, 010755410), extraction octobre 2026.