Quand les cabinets d'expertise comptable sont-ils créés ? Saisonnalité mois par mois
En bref
Janvier concentre 6 334 créations de cabinets, soit 18,67 % du total annuel — plus que les quatre mois les plus faibles réunis. Le contraste avec août (1 457 créations) est saisissant : un ratio de 4,35 entre le pic et le creux. Mais le chiffre le plus contre-intuitif de cette série concerne le printemps : le troisième trimestre (juillet–août–septembre, 7 576 créations) dépasse le deuxième trimestre (avril–juin, 6 062 créations). L'été n'est pas la période la plus creuse de l'année — c'est le printemps.
Janvier, un mois hors catégorie
6 334 créations en janvier. Le chiffre parle seul, mais sa portée réelle s'apprécie à l'échelle du trimestre : le premier trimestre totalise 10 867 créations, et janvier en représente 58,3 % à lui seul. Février (2 152) et mars (2 381) ne font que compléter un trimestre dont la dynamique repose entièrement sur le premier mois de l'année.
Pourquoi cette concentration ? Plusieurs logiques se superposent. La clôture de l'exercice fiscal au 31 décembre pousse de nombreux porteurs de projet à formaliser leur structure en tout début d'année, pour coïncider avec le démarrage d'un exercice comptable plein. Les cabinets créés en janvier peuvent ainsi présenter leurs premiers comptes annuels dès le 31 décembre suivant, sans exercice tronqué. Cette mécanique est bien documentée dans la littérature sur la création d'entreprise en France — elle s'applique avec une intensité particulière aux professions réglementées, où le calendrier fiscal structure fortement les décisions d'installation.
La chute qui suit est tout aussi spectaculaire. Entre janvier et février, les créations s'effondrent de 4 182 unités, soit une contraction de 66 % en un seul mois. Aucun autre passage mensuel dans la série n'approche cette amplitude. Février (2 152 créations) se retrouve ainsi au niveau de mois ordinaires comme avril (2 164) ou juin (2 324), sans aucune caractéristique propre qui justifierait ce plancher — c'est simplement l'effet mécanique du pic de janvier qui s'épuise.
Le printemps, vrai creux structurel
La médiane mensuelle de la série s'établit à 2 561 créations — valeur qui correspond exactement à novembre. Six mois sur douze se situent en dessous : février (2 152), mars (2 381), avril (2 164), mai (1 574), juin (2 324) et août (1 457). Quatre de ces six mois appartiennent au printemps ou à la première moitié de l'été.
Mai mérite une attention particulière. Avec 1 574 créations, il constitue le deuxième mois le plus creux de l'année, juste au-dessus d'août. Ce résultat est surprenant : mai s'insère entre avril (2 164) et juin (2 324), deux mois nettement plus actifs. Ce creux isolé, encadré par des mois supérieurs à la médiane, suggère un effet propre à mai — peut-être lié à la densité des jours fériés (1er mai, 8 mai, Ascension, Pentecôte selon les années), qui comprime le nombre de jours ouvrés disponibles pour les formalités de création.
Le deuxième trimestre (T2 : avril + mai + juin) ne cumule que 6 062 créations, soit 17,87 % du total annuel. C'est le trimestre le plus faible de l'année, devant le troisième (T3 : 7 576 créations, 22,34 %). Cette hiérarchie contredit l'intuition commune qui associe l'été à la léthargie administrative. Les données SIRENE racontent une autre histoire : c'est bien le printemps, et non l'été, qui concentre la plus faible activité de création.
Pour les porteurs de projet qui envisagent de créer leur structure comptable, cette saisonnalité a des implications pratiques : les délais de traitement des formalités peuvent varier selon la charge des greffes, et la période T2 offre potentiellement des conditions plus fluides pour les démarches administratives.
Trois pics, une structure en dents de scie
La série mensuelle ne se résume pas à un pic unique en janvier suivi d'une décrue linéaire. Elle dessine une courbe en dents de scie avec trois sommets distincts.
Premier pic : janvier (6 334 créations, 18,67 % du total). Déjà analysé — hors catégorie par son amplitude.
Deuxième pic : juillet (3 107 créations, 9,16 %). Juillet dépasse tous les mois de février à juin sans exception. Ce rebond de début de second semestre est cohérent avec une logique de rentrée anticipée : des porteurs de projet qui ont différé leur installation au printemps formalisent leur structure avant les congés d'août, ou profitent d'une disponibilité accrue en juillet pour finaliser les démarches. Juillet représente à lui seul 41 % du total du T3, les deux autres mois (août : 1 457 ; septembre : 3 012) assurant le reste.
Troisième pic : octobre–décembre. Le quatrième trimestre cumule 9 413 créations (27,75 % du total), ce qui en fait le deuxième trimestre le plus actif de l'année. Octobre atteint 3 597 créations (10,6 % du total), décembre 3 255 (9,6 %). Ce rebond automnal s'explique en partie par la même logique calendaire qu'en janvier : créer un cabinet en octobre ou novembre permet d'ouvrir un exercice comptable qui se clôturera au 31 décembre de l'année suivante, offrant un premier exercice de longueur standard.
Cette structure trimodale — janvier, juillet, octobre-décembre — reflète probablement la superposition de plusieurs cohortes de créateurs : ceux qui calent leur projet sur l'année civile, ceux qui démarrent après les grandes vacances, et ceux qui anticipent la clôture de l'exercice suivant.
Ce que révèle la comparaison trimestrielle
| Trimestre | Mois | Créations | Part du total |
|---|---|---|---|
| T1 | Janvier–Mars | 10 867 | 32,04 % |
| T2 | Avril–Juin | 6 062 | 17,87 % |
| T3 | Juillet–Septembre | 7 576 | 22,34 % |
| T4 | Octobre–Décembre | 9 413 | 27,75 % |
| Total | 33 918 | 100 % |
La lecture trimestrielle confirme deux asymétries majeures. D'abord, T1 et T4 concentrent ensemble 59,79 % des créations annuelles — soit près de six cabinets sur dix créés en dehors du printemps et de l'été. Ensuite, T3 dépasse T2 de 1 514 créations, renversant l'idée reçue d'un été uniformément creux.
Cette répartition a des conséquences concrètes pour les observatoires de la démographie des cabinets : une analyse qui agrégerait les données par semestre (S1 vs S2) masquerait la structure réelle, en noyant le pic de janvier dans un S1 qui inclut le printemps déprimé. La granularité mensuelle est indispensable pour lire correctement cette saisonnalité.
Pour les cabinets existants, la concentration des créations en janvier signifie aussi une pression concurrentielle accrue en début d'année : de nouveaux entrants arrivent sur le marché précisément au moment où les clients cherchent à régulariser leur situation comptable après la clôture de l'exercice. Les honoraires pratiqués pour les SASU, par exemple, peuvent refléter cette tension saisonnière sur l'offre.
Hyper-concentration et ce qu'elle dit du marché
Sur les 33 918 cabinets actifs recensés au 5 mai 2026, janvier seul concentre 6 334 créations — autant que février (2 152) + mai (1 574) + août (1 457) + un mois supplémentaire de niveau équivalent. Cette hyper-concentration en début d'année est un trait structurel, pas une anomalie ponctuelle : elle se retrouve dans d'autres professions réglementées où le calendrier fiscal dicte les décisions d'installation.
Les études démographiques publiées sur Comptapolis montrent que cette saisonnalité coexiste avec une forte hétérogénéité géographique — mais la dimension spatiale dépasse le périmètre de la présente publication, qui porte exclusivement sur la dimension temporelle.
Ce que la saisonnalité révèle, en creux, c'est la rationalité des créateurs de cabinets face aux contraintes réglementaires. L'exercice comptable, la date d'entrée au tableau de l'Ordre, les premières obligations déclaratives : autant de jalons qui structurent le calendrier des installations bien plus que les conditions de marché ou la conjoncture économique. La profession d'expert-comptable est encadrée par l'Ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945, qui définit les conditions d'exercice et d'inscription à l'Ordre — un cadre réglementaire stable qui contribue à la régularité de ces patterns saisonniers sur longue période.
Pour les professionnels libéraux qui envisagent de s'installer, notamment dans les professions de santé ou libérales, la compréhension de cette saisonnalité peut orienter le choix de la date de création vers des fenêtres moins encombrées — et potentiellement plus favorables en termes de disponibilité des interlocuteurs administratifs.
Méthodologie
Les données présentées dans cette publication sont extraites de la base SIRENE (Système National d'Identification et du Répertoire des Entreprises et de leurs Établissements), gérée par l'INSEE et mise à disposition en open data via la plateforme data.gouv.fr sous licence Etalab 2.0. Le snapshot utilisé a été pré-calculé et extrait en octobre 2026.
Le périmètre retenu couvre les unités légales et établissements dont le code APE correspond à l'activité d'expertise comptable, toutes années de création confondues, sur l'ensemble du territoire français métropolitain et d'outre-mer. Les créations sont comptabilisées par mois de début d'activité déclaré dans SIRENE. Le total de 33 918 cabinets actifs correspond au stock recensé au 5 mai 2026.
Limites à prendre en compte : la date de création enregistrée dans SIRENE peut différer de la date effective d'entrée au tableau de l'Ordre des experts-comptables. Les radiations et cessations d'activité ne sont pas intégrées dans le décompte mensuel des créations — cette publication mesure les flux entrants, pas le solde net. Les données agrègent toutes les années sans pondération temporelle : un mois de janvier 2010 pèse autant qu'un mois de janvier 2024 dans la série.
La méthodologie complète de traitement des données SIRENE appliquée par Comptapolis est décrite sur la page /methodologie.
Comment citer cette publication
Lévêque P. (2026). Saisonnalité des créations de cabinets d'expertise comptable en France — analyse mois par mois. Comptapolis.fr. Identifiant dataset :
comptapolis.fr/datasets/saisonnalite-creations-cabinets-mois. Données source : SIRENE / snapshot pré-calculé (INSEE, Etalab 2.0), extraction octobre 2026.