Défaillances d'entreprises en France : la décennie post-COVID en chiffres
En bref
68 524 défaillances en 2025 : jamais la France n'avait enregistré autant de procédures sur les onze années couvertes par cette série, dépassant même le précédent sommet de 63 111 atteint en 2015. Pourtant, le chiffre le plus révélateur de la décennie n'est pas ce record — c'est le creux de 2020. En pleine crise économique majeure, les défaillances ont chuté de –39 % en un an, non pas parce que les entreprises allaient mieux, mais parce que les aides publiques (PGE, fonds de solidarité) et le gel administratif des procédures ont artificiellement supprimé la sinistralité, reportant mécaniquement la vague sur 2022-2025.
La tendance pré-COVID : une amélioration structurelle interrompue
Entre 2015 et 2019, la courbe des défaillances dessine une trajectoire presque linéaire à la baisse. De 63 111 procédures en 2015, le total recule à 58 155 en 2016 (–7,9 %), puis à 54 571 en 2017 (–6,2 %), avant de se stabiliser à 54 041 en 2018 (–1 %) et d'atteindre 51 145 en 2019 (–5,4 %). La baisse cumulée sur cinq ans s'établit à –19 %.
Cette amélioration progressive reflète un contexte macroéconomique favorable : taux d'intérêt historiquement bas, croissance modérée mais continue, et accès au crédit facilité pour les TPE et PME. Elle ne signifie pas pour autant que la sinistralité avait disparu : avec 51 145 procédures, 2019 reste un niveau élevé en valeur absolue, environ 6 % seulement sous la médiane décennale (54 571).
La quasi-stabilité de 2018 (–1 %) reste un épisode isolé : la baisse reprend en 2019 (–5,4 %). Les dirigeants de TPE qui suivent leur bilan comptable savent que la résistance d'une entreprise dépend autant de sa structure financière que du cycle économique général.
2020-2021 : le trou noir statistique
La chute de 2020 est la plus brutale de toute la série. En douze mois, les défaillances passent de 51 145 à 31 217, soit –39 % — un effondrement sans précédent dans les données disponibles. L'année suivante, 2021 enfonce encore le plancher : 27 582 procédures, le minimum absolu de la décennie, soit –11,6 % supplémentaires.
Ces deux années forment un trou noir statistique : les entreprises en difficulté réelle n'ont pas disparu, elles ont été maintenues sous perfusion. Le prêt garanti par l'État (PGE), le fonds de solidarité, le chômage partiel et l'aménagement temporaire des procédures collectives ont combiné leurs effets pour geler le flux normal des procédures judiciaires.
L'amplitude de la distorsion est saisissante. L'écart entre le minimum de 2021 (27 582) et le maximum de 2025 (68 524) atteint 40 942 défaillances — un rapport de 1 à 2,5 sur seulement quatre ans. Pour une variable aussi structurelle que les défaillances d'entreprises, une telle amplitude est exceptionnelle. Elle ne traduit pas une volatilité économique réelle, mais la déformation temporaire d'un indicateur par l'intervention publique, suivie de son retour à la normale.
Les créateurs de structures comme la SASU ou les auto-entrepreneurs qui ont bénéficié de ces dispositifs ont souvent sous-estimé le caractère différé — et non annulé — de la pression financière.
2022-2023 : la vague de rattrapage
Le retour de bâton commence dès 2022. Les défaillances bondissent de 27 582 à 41 241, soit +49,5 % en un seul exercice — la plus forte hausse annuelle en valeur relative de toute la série. Ce chiffre dépasse largement la simple normalisation : il traduit la conjonction du remboursement des PGE, de la remontée rapide des taux d'intérêt et de la fin des moratoires.
2023 amplifie le mouvement : 56 274 défaillances, soit +36,5 % supplémentaires. La série franchit pour la première fois la médiane décennale de 54 571, et ne la repasse plus. En deux ans, le stock de fragilités accumulées pendant la période d'aides s'est en grande partie matérialisé en procédures judiciaires.
Pour les professions libérales de santé comme pour les commerçants, cette période a souvent coïncidé avec une triple pression : fin des aides, hausse des charges, et demande parfois encore atone dans certains secteurs.
2024-2025 : un plateau haut, pas une normalisation
2024 marque le franchissement d'un nouveau seuil symbolique : 66 115 défaillances, soit la première fois depuis 2015 que le total annuel dépasse 60 000. La hausse reste forte (+17,5 %), mais elle ralentit par rapport aux années précédentes.
2025 confirme cette décélération : +3,6 % seulement, pour atteindre 68 524 — le pic absolu de la série. Ce ralentissement du rythme de progression pourrait laisser croire à une stabilisation. Mais stabilisation à quel niveau ? Au niveau le plus élevé des onze années observées, soit 8,6 % au-dessus du précédent sommet de 2015 (63 111).
La décélération du rythme de hausse — de +49,5 % en 2022 à +3,6 % en 2025 — indique que la vague de rattrapage post-aides perd de sa vitesse. Elle ne dit pas que la sinistralité recule. Sur la période 2021-2025, les défaillances ont progressé de +148,4 % (de 27 582 à 68 524), effaçant intégralement l'effet d'amortissement des aides publiques et dépassant même le niveau d'avant-crise.
La question ouverte est celle du régime futur : la série converge-t-elle vers un nouveau plateau structurel autour de 65 000-70 000 défaillances annuelles, ou la décélération de 2025 annonce-t-elle un retournement ? Les prochaines publications de la série permettront de trancher.
Ce que dit la médiane sur la décennie entière
Le cumul total des défaillances sur les onze années (2015-2025) atteint 571 976 procédures. La médiane annuelle s'établit à 54 571 — valeur qui correspond exactement à l'année 2017 dans les données brutes.
Ce chiffre de médiane est utile précisément parce qu'il est robuste aux valeurs extrêmes. Il n'est pas tiré vers le bas par le creux de 2020-2021, ni vers le haut par le pic de 2025. Il représente le niveau "normal" de sinistralité sur la décennie, hors distorsions exceptionnelles.
Or la série a dépassé cette médiane dès 2023 (56 274) et ne l'a plus quittée. 2024 et 2025 s'en éloignent respectivement de +21,2 % et +25,6 %. Ce dépassement durable suggère que le régime post-COVID n'est pas un simple retour à la normale, mais un régime de sinistralité supérieure à la normale historique.
Les dirigeants qui s'interrogent sur la facturation électronique ou sur les honoraires d'un expert-comptable pour leur SASU opèrent dans cet environnement de sinistralité élevée — ce qui renforce l'intérêt d'un suivi comptable rigoureux.
Méthodologie
Les données présentées dans cette publication sont extraites de la base de données macroéconomiques (BDM) de l'INSEE, série 001656101, produite par la Banque de France. Elles couvrent les défaillances d'entreprises par date de jugement, tous secteurs confondus, France entière, sur la période 2015-2025. Chaque total annuel correspond au cumul des 12 mois de janvier à décembre de l'année considérée.
Date d'extraction : octobre 2026.
Calculs réalisés : les taux d'évolution annuels (colonne evolution_pct) ont été calculés comme (count_n − count_n-1) / count_n-1 × 100, arrondis à une décimale. La médiane annuelle (54 571) est la valeur centrale de la distribution des 11 observations annuelles, triées par ordre croissant. Le cumul décennal (571 976) est la somme arithmétique des 11 valeurs annuelles. L'amplitude min-max (40 942) est la différence entre le maximum (68 524, 2025) et le minimum (27 582, 2021).
Limites : la série ne distingue pas les défaillances par taille d'entreprise, secteur d'activité ou forme juridique. Les années 2020-2021 sont affectées par des mesures exceptionnelles (suspension partielle des procédures, aides d'urgence) qui rendent la comparaison directe avec les autres années délicate. La série ne couvre pas les cessations d'activité amiables, qui peuvent représenter une part significative des sorties du tissu économique non captées ici.
Pour la description complète du protocole de traitement des données, voir notre page Méthodologie.
Comment citer cette publication
Reneaudin G. (2026). Défaillances d'entreprises en France : la décennie post-COVID en chiffres. Comptapolis.fr. Identifiant :
comptapolis.fr/datasets/defaillances-entreprises-france-evolution-decennale. Données source : Banque de France via INSEE — défaillances d'entreprises (BDM, série 001656101), extraction octobre 2026.